25/08/2009
Livre : La génèse de l'orthographe française (XIIe-XVIIe s.)
Bernard CERQUIGLINI
La génèse de l’orthographe française (XIIe-XVIIe siècles)
Unichamp-Essentiel ; Honoré Champion
Très instructif mais alambiqué et bcp de redites :(
Attention ci-dessous ce ne sont que des notes qui résument les idées principales du livre, l’évolution de l’orthographe française.
* 2 courants principaux :
1) pro respect tradition -> attaché au latin voire au grec. Etymologie par graphie. Bien en grammaire pour distinguer les nombreux homonymes.
Elitiste = écrire = réservé aux savants pas aux femmes ni aux enfants.
2) pro phonocentrisme : écrire comme on parle, pour permettre aux étrangers, femmes et enfants d’apprendre à écrire avec moins d’erreurs. Enlever les lettres superflues comme le s sourd dans asne -> âne l’accent circonflexe qui remplacera souvent le s sourd effacé ne sera adopté que tardivement par l’Académie Fr en 1740.
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Serments de Strasbourg 842 : alphabet romain mais il n’était adapté qu’au latin classique et la prononciation mérovingienne s’était élognée de la graphie.
Phonèmes nouveaux dans le vocalisme (e sourd final, diphtongues) comme dans le consonnatisme (palatale : cheval ch ne se prononce pas en latin).
XIIe siècle serait âge d’or orth (ancien fr) selon phonocentriste + écriture caroline claire mais en fait y’avait déjà étymologie debvoir (devoir) pour debere ou scavoir (savoir) pour scire…
XVIe s. serait pour les phonocentristes la pire période (moyen fr) avec écriture gothique alambiquée et écriture confiée par nbre et nécessité développement administration fr aux hommes d’Etat.
Au XVIIe Richelieu crée l’Acad Fr et dépossède le Parlement de son autorité sur le langage.
XVIe s. Praticiens accusés de doubler consonnes pour augmenter leur salaire , mais ils avaient d’autres moyens comme l’augmentation de la marge, le rappel infini des procèdures antérieures, coordination de syonymes. De plus ils utilisaient bcp les abréviations.
Les copistes semblent percevoir que la graphie possède un ordre propre, opaque à la parole, qu’elle obéit à une mission et jouit d’un statut. L’écriture présente à la vue des formes que l’oeil doit reconnaître ; elle doit être parfaitement lisible.
v (u) et (i) j sont inconnues du latin
ex: feUe est différent de febUe (fève) car ajout lettre étymologique faba
mais parfois ajout d’une consonnance diacritique non étymologique comme h dans hUile (pourtant latin oleaum) pour le différencier de Uille (ville).
Les mots acquierent une individualité et donc sont associés à une famille. Autre information fournie à l’oeil : l’appartenance morphologique ou lexicale du mot.
La graphie soumet au regard un jeu de formes, qu’il doit non seulement reconnaître, mais distinguer et apprécier ; elle porte en elle une esthétique (ornement), qui opacifie le lien à la parole.
Enigme du s sourd devant une consomme, très longtemps écrit même si plus dit. teste, honneste, mesme, asne, blasmer, estre…
Ce s préconsonnantique ne traduit pas un son mais une appartenance.
Etymologisation due à une nécessité d’une archiecture forte donc latine pour écrire la nouvelle langue qu’est le français.
“orthographia gallica” fin XIIIe s = en Angleterre car fr = langue officielle du pouvoir et de l’administration. = lieu de naissance de la grammaire fr.
Présence d’un s sourd devant un t permet par ex. de faire des désinences verbales entre 3e pers sing. du passé simple et celle de l’imparfait du subj comme fit et fist ; lut, lust.
Mais on écrit aussi un s sourd pour faire une belle écriture, il donne au terme une allure majestueuse, un peu d’antiquité, de la patine.
fr= langue vulgaire de + en + utlisée par “savants” (chirurgiens qui augmentent le vocabulaire et qui ne connaissent pas le latin), influence nificatrice de la royauté qui joint la langue à ses attributs et prérogatives (ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539).+ imprimerie + humanisme.
C’est dans le milieu des imprimeurs qu’il y a d’abord un appel à la normalisation de la langue fr, réformes via améliorations typographiques comme les accents vers 1530.
L’accent vient du grec et note les modulations de la voix donc utilisé par grammairiens.
L’accent (phono) suspend la main lorsque l’on écrit et ces 2 faits expliquent le frein à l’adoption de l’accent par Académie Française.
Paradoxe, car l’accentuation, finalement intégrée à la norme et dont elle exprime le respect soigneux, figure aujourd’hui la spécificité de la langue française confrontée à l’anglo-saxon, dont la graphie non accentuée est diffusée mondialement et régit la communication électronique.
Premiers accents adoptés : accent aigu, apostrophe (pour l’élision), cédille (espagnole).
1531 Jacques Dubois/Sylvius comme Geoffroy Tory 1529 (qui essaient d’allier phono et latin sans succès) utilise/préconise le tréma pour noter l’hiatus comme traï pour trahi ; accent aigu pour e femé (aimé) ; accent grave pour e sourd (estoîllè) et accent plat pour e ouvert (près).
Il notait au-dessus (comme indice) de lagraphie latine, les lettres prononcées à la fr.
ex : pour chevaucher
h e v u h e
c a b a l c a r
1542 Louis Meigret (lyonnais) tranche pro phono, essaie même de créer et utiliser pdt une dizaine d’années sa réforme ortho sans succès. Il veut enlever lettres superflues et écrire à l’image de ce qu’ on dit. Mais il rend les armes devant l’usage parfois incohérent comme amant -> donc pour lui on devrait dire amer, j’ame, tu ames…
Depuis Meigret, le grammairien a toujours exigé une graphie soumise à l’usage oral de la langue.
Etablir une graphie correcte, relève de la science, exige un savoir rationnel ; c’est par principe la tâche du grammairien. Et de cette entreprise le peuple est exclu.
Arrogance naïve : la réforme orth c’est le boulot des linguistes.
Bien plus tard cette idée de réforme aura des vues philanthropiques et pédagogiques : enfants, femmes, étrangers.
Problèmes de lecture seraient levés aussi. Ecrire (encoder) = réservé aux hommes lettrès au XVIe s.
Peletier = émule de Meigret. il note le problème de la régionalisation du fr qui affecte la prononciation et donc l’écriture (voustre).
Honorat Rambaud = idem. Maître d’école marseillais. 1578.
Il invente un nouvel alphabet (idéographique) car dans alphabet latin/fr soit une même lettre produit différent son c = k ou s soit formes des lettres trop proches comme u e v et n et u. Pour lui sons à représenter = 52 : 8 voyelles et 44 consonnes dont ble, bre, gle, gre…Mais cet alphabet est “illisible”, il faudrait tout réaprendre à tout le monde.
La graphie transparente à la parole est rendue opaque à la vue. Ca va à l’encontre de la thèse pro réforme.
Les conservateurs :
Guillaume des Autels reproche aux traducteurs de faire entrer des néologismes dans la langue fr.
Attente d’une régulation par autorité royale pour orth. Car orth est une coutume, une tradition, l’usage commun.
Théodore de Bèze 1584, propose une critique remarquable du phonocentrisme.
Seule une prononciation unifiée et homogène pourrait donner lieu à une graphie stable et unique.
En outre, même unifiée en un temps donné, la pronociation évolue, vouant l’orth à de perpétuelles modifications, la déstabilisant par là-même.
Vouloir représenter la parole est un leurre car des sons français n’existent pas en latin donc pas de traduction dans l’alphabet ; de plus certaines lettres changent de son.
Il remarque qu’une langue n’est pas seulement faite de sons artificiels, mais aussi d’accents toniques, d’intonations et de traits prosodiques.
On ne s’initie donc pas à une langue par la lecture (comme l’affirmaient les réformateurs), mais en conversant avec ses locuteurs naturels.
La graphie alphabétique est une transcription de la parole.
Il fait un bel éloge du graphocentrisme. L’écriture est un mode de communication autonome et fait accèder au sens par la lecture.
Académie Fr (conservateur, usage > étymologie comme scavoir ne vient pas de scire mais de sapere !) chargée d’officialiser une norme qui deviendra celle de l’Etat. Parlement rechigne à accorder statut à acad fr car il se trouve ainsi déposséder de ses prérogatives linguistiques.
* Histoire de la lecture et de l’écriture :
Fin IXe s dans manuscrits latins apparaissent les séparations des mots. Le blanc que nous plaçons entre les termes est un progrès technique et une invention considérables : le lecteur n’a plus à démêler, en ânnonant à voix haute, le fouillis des jambages, pour en faire surgir des mots : son oeil reconnaît des formes individuées.
Ce qui mène à une seconde invention, apparue chez les professionnels, c’est-à-dire en milieu monastique : une pratique de lecture oculaire et silencieuse.
Notre lecture muette n’est en rien naturelle, elle possède une histoire qui commence pour la France autour du XIe s. et qui s’accompagne d’autres progrès :
- lecture individuelle,
- recul de la dictée au profit de la copie,
- aide à la perception oculaire (écriture plus lisible, apparition des paragraphes et des parenthèses),
disposition nouvelles des ouvrages sur la table, voire sur les rayons de la bibliothèque…
Et surtout vitesse de lecture accrue, c’est-à-dire progrès considérable dans la diffusion du savoir et dans sa maîtrise.
Il semble que la lecture privée de textes rédigés en langue vulgaire soit devenue silencieuse et oculaire au plus tard dans le courant du XVe s.
La fonction première de l’écriture est de véhiculer du sens ; pour le déchiffrer, l’oeil est le guide zélé du cerveau.
Pour Théodore de Bèze les lettres superflues servent à distinguer les homophones et d’énoncer la filiation latine.
Mais cette filiation latine ne sert pas au latiniste qui sait déjà écrire rétorque Meigret.
Le signifiant latin mêlé à la graphie fr lui impose son signifié, et participe à l’intelligence du sens (on voit ce qu’il signifie).
Les étrangers, principalement européens et savants connaissent un peu de latin, base d’internationalisation pour pouvoir apprendre le fr !
Maîtrise du sens, l’orthographe est également plaisir des yeux.
On parle pour séduire l’oreille, on écrit pour charmer la vue.
* XVIIes.
1635 création de l’Acad fr par Richelieu mais première publication du dico qu’en 1694 après moult discussions relance par Colbert.
Rôle des imprimeurs des pays-bas (calvinistes) : pro accent et v et j.
Robert Poisson en 1609 propose une correction de l’alphabet en inventant 4 caractères + accent au-dessus des consonnes.
Pour le père Philibert de Monet, la consonne étymologique, signal muet est inutile, car elle n’enseigne rien, ni à celui qui ignore le latin, ni à celui qui le sait déjà.
Louis de Lesclache règle au plus juste la valeur phonique de chaque caractère et en rend l’emploi régulier ; l écrit peis, sajese, ajant, vanjanse, axion, calité + use des accents.
* Les précieuses.
L’orthographe relève du savoir, de l’étude austère et du choix éclairé, pas du plaisir ni de l’aisance ; elle appartient à l’homme, pas à la femme.
Les femmes ont tendance naturellement à simplifier, et à transcrire ce qu’elles entendent.
Les réformateurs comme Meigret rejoint l’idée que les femmes possèdent naturellement le bon usage, qu’elles savent par intuition native ce qui est juste et de bon goût, que leur sexe, ennemi des artifices langagiers, a un rapport biologique et inné avec la langue maternelle.
Les précieuses surtout la suppression des consonnes superflues, accent ^et accent aigu sur voyelle à la place du s sourd. Mais comme ce sont des femmes ça n’est pas accepté à leur époque.
* Académie Fr (conservateur, usage > étymologie comme scavoir ne vient pas de scire mais de sapere !) chargée d’officialiser une norme qui deviendra celle de l’Etat. Parlement rechigne à accorder statut à acad fr car il se trouve ainsi déposséder de ses prérogatives linguistiques.
accent ^ à la grecque (modulation de la voix allongeant la syllabe) refusé par acad fr
Pour Bossuet le postulat étymologique (latin) devient principe régulateur de l’orthographe.
En France, nul texte juridique, circulaire ou décret (même en décembre 1990) ne régit le code graphique, mais une puissante délégation.
Après l’Etat, c’est l’école de la république 1880 qui développa l’usage de cette orth.
1740, 3e édition du dico, changements : réduire le doublement des consonnes,
régler l’emploi du y, introduisit l’accent circonflexe.
1835 : 6e édition elle décida qu’on écrirait “ai” les imparfaits et conditionnels jusqu’alors notés “oi”.
1990 : 9e edition.
* Les réformateurs ont “gagné” sur deux plans :
1) on fait entendre des lettres superflues tact, rapt, dompter, sculpture, gageure… Si l’on n’écrit pas comme on prononce, on tend à prononcer comme on écrit
2) l’alphabet phonétique (Paul Passy, prof d’anglais) Alphabet Phonétique International
Texte publie @ 19:16
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